Durant près d’une semaine, le Lycée est fier d’accueillir 5 écrivains à l’occasion du Festival Écritures des Amériques, manifestation littéraire créée en 2000 par l’écrivaine Maryse Condé et l’industriel Amédée Huyghues Despointes. Un programme riche et intense du 19 au 22 novembre 2019 :
Mardi 19 novembre – Ateliers d’écriture avec Véronique Ovaldé
Deux ateliers d’écriture sont prévus le matin et l’après-midi avec un groupe volontaire d’élèves des Secondes 1 et 8 et leurs enseignantes de Lettres, Mmes Marot et Bousquet, puis avec les étudiants CPGE littéraires et leur enseignante d’expagnol, Mme Cruces
Jeudi 21 novembre – Rencontres avec Miguel Bonnefoy et Mayra Santos Febres / Atelier d’écriture avec Makenzy Orcel
Rencontre le matin avec l’écrivain franco-vénézuélien Miguel Bonnefoy pour les étudiants CPGE littéraires puis l’après-midi avec l’écrivaine portoricaine Mayra Santos Febres, en présence des élèves de la filière Bachibac.
Atelier d’écriture avec l’écrivain haïtien Makenzy Orcel pour un groupe volontaire d’élèves des Secondes 1 et 8 et leurs enseignantes de Lettres, Mmes Marot et Bousquet.
Vendredi 22 novembre – Rencontre avec Santiago Gamboa
Les étudiants CPGE littéraires et les élèves de la filière Bachibac rencontreront l’écrivain colombien Santiago Gamboa.
La 8ème édition Wi’anArt 2019-2020 se fera avec les deux artistes photographes Anaïs C. et Cédrick-Isham, complétée par l’artiste plasticien Tim Frager qui animera 5 ateliers de pratique artistique lors de sa résidence en Guadeloupe du 16 au 27 mars 2020. Le trio d’artistes Anaïs C., Cédrick-Isham et Tim Frager ont choisi de développer le thème Identités qui servira de fil conducteur aux ateliers artistiques avec les élèves Identités donnera également son titre à l’exposition finale qui se tiendra au Pavillon de la ville de Pointe-à-Pitre du 15 au 30 mai 2020 (lieu et dates sous réserve de modification).
Présentation des artistes
Anaïs C.
Photographe autodidacte, elle capture d’un œil à la fois tendre et cru les éléments qui l’entourent, au gré de rencontres et d’événements culturels. Elle se découvre alors une attirance pour les contrastes de lumière et de textures, se focalisant principalement sur Les portraits, en mettant en valeur les corps et expressions de ses sujets. Ses travaux font le lien entre ses origines afro-caribéennes et les problématiques contemporaines auxquelles elle est confrontée en tant que femme guadeloupéenne.
Après deux participations en 2017 et en 2018 au Festival Cri de Femmes, au Festival Éritaj en 2017, et plus récemment au Festival Bleu Outremer en Octobre 2018, elle complète sa formation par un Baccalauréat professionnel de photographie, tout en participant à divers projets artistiques.
Cédrick-Isham
Artiste-photographe guadeloupéen, Cédrick-Isham est avant tout issu de l’école du rap qu’il a débuté en 1998, fortement influencé par l’âge d’or du rap français et de ses textes engagés. Une première expérience en journalisme, en 2004, le rapproche fortuitement de la photographie. C’est en 2009, qu’il se décide véritablement et fait l’acquisition de son premier boîtier réflex numérique.
Son travail photographique prend un véritable tournant en 2013, par le biais d’un projet lancé sur les réseaux sociaux et intitulé : « La Guadeloupe, mon visage ». Il y fait le choix d’approcher les sujets par le biais de portraits serrés qui sont pour lui une façon de vaincre le rejet de soi, de sa propre image et de la peur du regard de l’autre.
Tim Frager
Tim est né au Sénégal et a vécu dans un petit village de Bamako, au Mali. A l’âge de 8 ans, lui et sa famille sont partis vivre en Guadeloupe pendant une dizaine d’années… l’occasion pour Tim et son frère Tom, de grandir sur une… planche de surf ! C’est en arrivant à Bordeaux en 2000, qu’il a commencé à peindre.
Pendant plus de 10 ans, de 2002 à 2015, Tim a travaillé pour la marque Volcom (marque californienne spécialisée dans les vêtements et accessoires de surf, skateboard et snowboard). Aujourd’hui, il vit dans les Landes et travaille en tant qu’artiste freelance. Sa peinture est profondément marquée par cet attachement à la culture afro-caribéenne.
Dans le cadre du projet Liberté et atteintes aux libertés mené avec la classe de 2nde 10 et leur enseignante d’histoire-géographie, Mme Touchelay, le CDI est heureux d’accueillir l’exposition Mémwa, cent années de migrations venues d’Outre-mer du 4 octobre au 8 novembre 2019.
Conçue par Jessica Oublié et illustrée par Marie-Ange Rousseau, auteures de la bande-dessinée Peyi an Nou aux éditions Steinkis, cette exposition consacrée à la question du Bumidom, rappelle l’histoire des migrations des outremers vers la métropole dans les années 60 à 80 : Un exil institutionnalisé des DOM vers l’hexagone qui a vu migrer en 20 ans, plus de 160 000 personnes originaires de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion. L’exposition qui réunit 16 panneaux met aussi en exergue des personnalités ultramarines de Paulette Nardal à Aimé Césaire, d’Euzhan Palcy à Frantz Fanon ou Édouard Glissant.
Un livret pédagogique est disponible afin de préparer les élèves à la visite et l’exploitation de l’exposition
Mardi 1er octobre, les élèves de 2nde 10 et leurs enseignants d’Histoire et Géographie (Mme Touchelay) et d’Espagnol (M. Barrios) ainsi que les étudiants CPGE AL 1ère année et leur enseignante d’Espagnol, Mme Cruces, ont rencontré M. Leonardo SIDNEZ, accompagné de représentants du CO.RE.CA.
Nous vous invitons à lire ci-dessous le compte-rendu de cette rencontre sous la plume de Cindy Marie Sainte et Célia Louis, étudiantes en CPGE AL1 :
LE CANAL DE PANAMA : L’HISTOIRE D’UNE FAUSSE PROMESSE
« Tous les projets ambitieux de constructions impliquent des dégâts humains conséquents, mais le plus important c’est le bénéfice » Ce mardi 1er Octobre, les élèves de la 2nde 10 et les classes préparatoires ont rencontré M. Leonardo Rey SIDNEZ, originaire du Panama. Il a sensibilisé les élèves sur la réalité des conditions de la construction du canal dès le début du XXème siècle.
Le film de Gérard CESAR, « Ces enfants perdus de Panama » (51 min.), diffusé en première heure pour une immersion totale dans l’histoire du canal de Panama, a retranscrit le témoignage de descendants antillais, guadeloupéens et martiniquais, qui ont quitté leur île dans le but de creuser le fameux canal.
Partir des Antilles signifiait alors avoir une meilleure qualité de vie, un travail stable et bien rémunéré. Des hommes et des femmes s’en allaient par milliers sans savoir réellement où ils allaient. Cependant, une fois sur place la réalité était autre. Le Panama s’avérait être un pays pauvre, insalubre, présentant de nombreux risques sanitaires notamment dus aux moustiques. Les conditions de travail n’étaient pas celles attendues : les ouvriers étaient peu rémunérés pour un nombre d’heures conséquent et aléatoire, l’utilisation de dynamite sur les lieux faisait de nombreux morts. D’autre part, il existait une ségrégation officielle divisant les ouvriers blancs des noirs (Les Gold Roll et les Silver). En quelques années, on a pu compter entre 6 000 et 7 000 morts, même si ces chiffres ont à plusieurs reprises été contestés.
Une fois la diffusion du film faite, M. SIDNEZ a souhaité rappeler l’importance du respect, de la solidarité, la nécessité de connaître ses origines et de considérer celles de nos concitoyens. Il en vient donc à parler de ses origines. Lorsqu’une étudiante lui demande s’il se considère plutôt panaméen ou guadeloupéen, M. Leonardo Rey SIDNEZ déclare alors que l’éducation qu’il a reçue de sa mère guadeloupéenne le rapproche plus de la Guadeloupe que du Panama. L’intervention de cet homme cultivé aura laissé des traces dans les esprits puisque les élèves et les étudiants ont pu découvrir des mots tels que : « Alkebulan », l’Afrique, le berceau de l’humanité, ou encore « Abya Yala » représentant les Amériques, découvertes par Christophe Colomb. C’est alors ce même homme qui influencera Maryse Condé dans l’écriture de son roman La vie scélérate qui retrace l’histoire d’un homme qui abandonne la Guadeloupe espérant une vie meilleure au Panama.
Président de la Société de Secours Mutuels « La Fraternité » M. Sidnez conclut alors en nous partageant ses actions et son engagement au sein de cette association d’entraide, seule association à rendre hommage aux Antillais du Panama.
Extrait « Ces enfants perdus de Panama »
« Un salaire de 75 dollars par mois, logé, nourri, blanchi ! » Clair, court et précis, ce slogan est digne des plus grands publicitaires ! Au début des années 1900, répondant à cette annonce alléchante, des milliers d’Antillais, Martiniquais et Guadeloupéens, ont quitté leur pays vers une terre inconnue, avec pour mission : Creuser le canal de Panama, lointain pays situé entre la Colombie et le Costa Rica. Un grand nombre d’Antillais sont morts durant la construction d’un des plus grands canaux du monde. En retraçant le parcours de ces ouvriers Antillais qui sont morts d’épuisement pour édifier ce gigantesque chantier qu’a été le Canal de Panama, ce documentaire rend hommage à ces hommes.
50 photographes illustrent pour la 1ère fois la biodiversité des 13 territoires ultramarins.
Au-delà de la découverte de ce patrimoine extraordinaire (faune, flore, espèces endémiques ou menacées, écosystèmes emblématiques…), Escales Outre-mer met l’accent sur les aires protégées, dont l’enjeu fondamental est le maintien de la biodiversité.
A l’initiative de la Région Guadeloupe, l’exposition sera visible dans la grande salle de réunion pédagogique du 1er au 5 octobre 2019.
La version numérique en anglais est également disponible à l’adresse : https://drive.google.com/uc?export=download&id=1_DILX_XNVis_8ta4f1kUumzDE3QW0bDs
Vendredi 20 septembre, à 18h, le vernissage de l ‘exposition Wi’anArt 7ème édition a inauguré les Journées européennes du patrimoine à l’Hôtel de Région Guadeloupe.
Conter, c’est se raconter autrement
L’exposition située dans le grand hall d’entrée de la Région a pour titre : « Conter, c’est se raconter autrement ». Elle réunit une vingtaine d’œuvres originales de trois artistes guadeloupéens, Anaïs Verspan, Samuel Gélas et Ronald Cyrille alias Black Bird, ainsi qu’une trentaine de créations d’élèves écoliers, collégiens et lycéens de toute la Guadeloupe. Les créations des élèves ont été réalisées au cours de l’année scolaire précédente, à l’occasion d’ateliers avec les artistes dans les différents établissements scolaires. Comme le précise Anaïs Verspan, «les jeunes sont ici à l’honneur car ils sont les artistes de demain. Pendant ses ateliers j’ai « kwazé Konpen Lapen », j’ai rencontré « Konpè Zamba », j’ai ri avec la diablesse et surtout créer avec vous notre conte. »
Le public venu nombreux a pu découvrir la multiplicité des œuvres et des techniques : peinture, sculpture, photographie et vidéo. Les sources d’inspiration sont également très variées et montrent à quel point les jeunes artistes en herbe savent puiser dans le patrimoine, en particulier dans le contre créole, tout comme ils empruntent volontiers les icônes de la culture américaine pour se raconter (autrement).
Performance artistique « Il était une fois »
Lors du vernissage, les élèves de l’option Arts plastiques du Lycée Gerville Réache ont proposé au public présent une performance artistique à partir de bois flottés peints et une déclinaison des éléments bien connus des contes.
Remise de prix
Une remise des prix a également eu lieu, en présence de M. Emmanuel Mormin (Proviseur du Lycée Gerville Réache), M. Jean-Claude Nelson (vice-Président de la Commission Culture de la Région Guadeloupe), Mme Valérie Samuel-Césarus (Vice-Présidente de la Commission Tourisme et membre de la Commission Culture), Mme Gilda Gonfier (Directrice adjointe culture et sports), Mme Myriam BADIA (Chef de service Arts plastiques, Cinéma, Édition), Mme Jocelyne Massina (Chef de service Spectacle vivant) et des représentants de la DAC Guadeloupe et de la Mairie de Gourbeyre, partenaires de la manifestation. Huit prix ont été remis aux chefs d’établissements, enseignants et élèves des établissements scolaires suivants : École maternelle Félicité Coline de Petit-Canal, Collège Bois Rada de Sainte-Rose, Collège Front de mer et Collège Sadi Carnot de Pointe-à-Pitre, Lycée Chevalier de Saint-Georges et Micro-Lycée aux Abymes (lycée de la seconde chance), Lycée Gerville Réache et Lycée de Versailles de Basse-Terre. L’Hôtel de Région est resté exceptionnellement ouvert toute la journée du samedi 21 septembre à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. L’exposition est visible en accès libre et gratuit jusqu’au vendredi 27 septembre inclus. Une version itinérante de l’exposition circulera ensuite dans les établissements scolaires de la Guadeloupe durant toute l’année scolaire.
Lundi 30 septembre, l’artiste photographe et vidéaste Laura HENNO a animé trois rencontres-débats autour de ses créations au Lycée Gerville Réache, à l’occasion du Festival Images organisé par OCEA (commissariat : Régine Cuzin) et la Ligue des Droits de l’Homme Guadeloupe, en partenariat avec le festival Monde en vues.
Durant la matinée, Laura Henno a présenté une vidéo intitulée Koropa (durée : 20 min.) aux étudiants en classes préparatoires littéraires 2ème année et leur enseignant d’histoire, M. Delatre, puis aux élèves de Terminale option de spécialité Arts plastiques de M. Gorin.
Si la vidéo d’art a pu dérouter certains élèves par sa forme et ses choix esthétiques, les échanges qui ont suivi la projection ont été intenses car le sujet abordé a touché nombre d’élèves et étudiants : Patron, un jeune Comorien de 13 ans, suit l’apprentissage de son père adoptif pour apprendre à piloter un bateau. Bateau qui, bientôt, mènera à son bord des voyageurs clandestins vers Mayotte. Tous les risques reposent sur les frêles épaules du jeune orphelin qui devra ainsi apprendre à protéger les passeurs qui travaillent dans son ombre, à l’abri des poursuites et des griffes de la PAF.
L’après-midi, Laura Henno a échangé avec les élèves de Terminale option facultative Arts plastiques de Mme Xarrié, autour notamment de la série photographique qu’elle a récemment réalisée dans la cité de Slab City en Californie, une ancienne base militaire américaine en plein désert de Salton Sea devenue un lieu de campement sans aucune juridiction où viennent s’installer des centaines d’irréductibles en quête de liberté.
Interview de l’artiste sur TV5 Monde
Entretien à propos de quatre photographies de Laura Henno
Dimanche 23 juin 2019, dans le cadre de l’émission radio Le cas Soulez de RCI, la journaliste Judith a souhaité interviewer des élèves ayant participé à l’exposition Gaspillages, à l’occasion de sa présentation à la Médiathèque Bernadette Cassin Pierrot de Saint-Claude.
Deux élèves du Lycée Gerville Réache ont répondu à ses questions : Chjara Benedetti, lauréate du concours en 2018 alors en 3ème au Collège Rémi Nainsouta, et Dorine Clavier, élève en Terminale S et inscrite à l’option facultative d’Arts plastiques.
A l’invitation de la DEAL Guadeloupe et de la CCI îles de la Guadeloupe que nous remercions sincèrement, quatre élèves volontaires du Lycée Gerville Réache ont participé à la 2ème édition des Rencontres professionnelles du Développement Durable au Centre World Trade Center (CWTC) de Jarry.
Le mercredi 15 mai 2019, les quatre élèves, accompagnés de leur enseignante Mme Carole REDT, ont pu prononcer un discours sur leur engagement éco-citoyen devant un parterre de chefs d’entreprise, de jeunes entrepreneurs et responsables territoriaux.
Ainsi, Adjaya ABIDOSE, Chjara BENEDETTI et Néhémie EDMOND, tous trois élèves en 2nde10, ainsi que Valentin BANMEYER, élève en 1ère L, ont impressionné l’auditoire présent par la justesse de leur propos sur l’urgence climatique et la nécessité de s’engager pour préserver l’environnement et protéger la planète contre notre propre activité.
Durant les deux jours des Rencontres professionnelles du Développement Durable, l’exposition GASPILLAGES a été proposée au public présent. L’exposition a suscité une attention particulière parmi les stands de professionnels où figurait en bonne place l’innovation technologique au service de la protection de l’environnement et de la lutte contre les gaspillages.
Nous vous invitons à lire le texte de Chjara Benedetti, élève en Seconde au Lycée Gerville Réache. Un cri du cœur contre le sexisme.
SEXISME
C’est étrange les genres lorsque j’y pense. Je comprends l’explication biologique sur la différence des corps. Après tout, la survie de notre espèce dépend de l’union de deux êtres. La science me semble rationnelle et logique mais la mentalité de nos sociétés m’échappe. Qu’il y ait plusieurs milliers d’années, les « mâles » se soient considérés plus forts, plus intelligents (en d’autres termes tout simplement : mieux), que les « femelles ». Le fait qu’ils se soient par conséquent sentis légitimement supérieurs à elles, ressemble comiquement à une mauvaise blague. Mais la réalité n’est pas comique, l’est-elle ?
Concentrons-nous sur la mauvaise blague ; une sorte de caméra cachée, de « prank », ou même une mise en scène. Essayons d’imaginer pendant une fraction de seconde que tout ceci ne fut qu’une grande farce. La servitude féminine n’est que le simple gage d’un pari perdu, le rabaissement social une plaisanterie amusante d’un groupe d’amis qui rigolent, le mariage forcé n’est que le dragueur lourd mais gentil de la bande, le viol un jeu de mains sans conséquences, la violence conjugale une claque amicale dans le dos, l’interdiction à l’éducation un complot enfantin innocent, le sexisme une affaire de point de vue et l’excision un bizutage. Essayons pendant une fraction de seconde. Faisons-le ensemble, voulez-vous ? Tendons à ne pas blâmer, mais à comprendre nos chers frères, nos chers pères, nos cousins, nos oncles, nos grands-pères et tous nos ancêtres avant eux. Ouvrons notre esprit à cette possibilité. Voyez-vous, j’ai parfois espéré que les mentalités soient différentes. Mais la réalité m’a rattrapée. Finalement, la tortue n’a pas gagné la course, le lièvre courait trop vite et le chemin était plus court que ce que l’on croyait. Enfant, je ne voyais pas la différence. J’avais entendu parler des problèmes que rencontraient les femmes dans la vie de tous les jours et dans le monde, mais ces rumeurs n’étaient que science-fiction, un écho lointain que je connaissais mais ne comprenais pas. Les enfants ne voient pas de différences, parfois ils ne cherchent tout simplement pas de différences. Du moins, ce n’était pas mon cas. Puis nous avons grandi et nous avons découvert la vision des adultes, ou plutôt la vision que la société nous a imposée. Je connaissais les problèmes que rencontraient les femmes, je connaissais les tortures mentales et physiques que beaucoup subissent mais je n’avais jusqu’alors jamais pensé aux conséquences qu’ont ces actes. J’ai découvert la peur, la colère, la mort, la crainte, l’abandon, la honte, le suicide, le mensonge et le fait que tout cela soit normal ainsi que commun. J’ai voulu donner mon avis, dire ce que je pensais, exprimer ma surprise. Mais on m’a pris de haut, on m’a parlé pour m’apprendre à accepter que c’est la vie, qu’elle n’est facile pour personne mais que c’est comme ça. On m’a fait comprendre que j’étais dans cette case, que j’en faisais partie. C’était choquant de passer de spectatrice à actrice de cette réalité. Moi qui pensais être quelqu’un, on m’a fait comprendre que j’étais une fille.